Interface n° e-119 Juin 2010

Un enseignement d'Armand Abécassis sur les relations judéo-chrétiennes au monastère d'Ermeton-sur-Biert (12 avril 2010)

La chapelle du monastère d'Ermeton était pleine ce soir-là. Armand Abécassis, exégète bien connu, est également un artisan convaincu et convainquant du rapprochement judéo-chrétien. Le christianisme est une affaire juive affirme-t-il calmement. D'ailleurs Jésus n'était pas chrétien, il a été juif de sa naissance à sa mort. Et Dieu n'appartient ni aux juifs, ni aux chrétiens, car c'est l'homme, c'est-à-dire 'tout homme', que Dieu a créé à l'image de Dieu et c'est une image qu'aucune faute ne peut enlever!

Ce qui caractérise peut-être le judaïsme, c'est de vouloir sans cesse étudier une Parole de Dieu considérée comme toujours neuve. Ainsi les évangiles sont un Midrash juif que les juifs devraient prendre en considération pour comprendre leur propre histoire et quelle part de l'Alliance le Peuple de Dieu n'a peut-être pas pu accomplir, les chrétiens l'ayant fait à sa place (Voir sur ce point mon récent article dans la Revue Générale, 146/4, avril 2010, 23-27, Voici 60 ans, Paul Claudel apostrophait Israël)!

Mais il faut aussi que les chrétiens étudient sans cesse cette parole et notamment la parole de Jésus. Quand on lui demande de prêcher dans la synagogue, c'est déjà que le responsable local est conscient qu'il est crédible, qu'il peut commenter la Torah et l'enrichir de ses interrogations. C'est aussi le devoir de chacun, juif comme chrétien. Jésus a montré que la Parole divine peut être humaine; pour pouvoir incarner cette Parole, on voit qu'il faut aller au-delà, la transgresser: c'est le rôle du prophète, ce fut éminemment celui de Jésus.

Le lieu de rencontre entre juifs et chrétiens, c'est cette volonté d'écouter tous les appels prophétiques de la misère humaine pour y apporter une parole de salut!

Un juif peut adhérer à ces propos de Maïmonides: "Par les chrétiens, il y a une voie/voix messianique qui se développe dans le monde!".

Et un mot qui m'a frappé, car j'en ai souvent débattu avec André Chouraqui à l'époque de la création de L'Univers de la Bible quand il fallut choisir un symbole pour désigner les commentaires chrétiens et qu'il ne voulait absolument pas de la croix (alors que la ménorah pour le judaïsme ou le croissant pour l'islam allaient de soi), c'est un dernier propos de cet entretien plein d'espérance avec Armand Abécassis: "Le tombeau vide est infiniment plus sauveur que la croix!". En accord avec cette vision, nous avions choisi, à l'époque, pour signaler les commentaires chrétiens, le poisson stylisé, le discret signe de reconnaissance des chrétiens qui exprimait tout leur sotériologie : Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur (IXTUS = le poisson en grec)!

Fr. R.-Ferdinand Poswick, osb