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Interface n° e-117 Décembre 2009 Informatique et patrimoine: d'une collection en péril à un réseau de collaboration Ce séminaire organisé par Pascal Lefèbvre, Directeur de la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège, avec l'aide d'Informatique & Bible (I&B) à Maredsous, a rassemblé une quinzaine d'acteurs de terrain dans le domaine de la préservation des patrimoines informatiques le jeudi 29 octobre 2009. Il y a plus d'un demi-siècle que l'informatique est devenue un outil de la recherche scientifique, de la gestion sociale et économique, du développement industriel et finalement de la vie de tous les jours. Comme l'automobile un siècle plus tôt, cette réalité modifie à un rythme rapide les habitudes humaines, individuelles et sociales. Le temps des grands pionniers est passé, beaucoup ont déjà disparu, il est temps de recueillir, de leur héritage, non seulement les acquis d'une nouvelle civilisation en pleine expansion, mais également les mécanismes qui sont à l'origine et à la base de son fonctionnement. Préserver et valoriser les patrimoines informatiques devient un devoir citoyen urgent pour aider nos contemporains à percevoir plus clairement les vecteurs sur lesquels se développent leurs nouveaux cadres de vie et d'évolution. Vaste défi quand on sait qu'en Belgique il y a deux “conservatoires” de matériels informatiques, l'un à Grimbergen qui préserve des machines dans la tradition Bull (en relation avec des groupes analogues en France, au Luxembourg et en Allemagne) et l'autre à Zaventem qui préserve des machines dans la tradition Burroughs-Unisys. On trouve également des stockages d'anciens matériels à la Faculté des Sciences de l'université de Gand, ainsi qu'à la Faculté d'informatique des FUNDP à Namur. Le reste, ce sont quelques collections, à ce jour privées, comme celle d'Informatique & Bible asbl à Maredsous ou la collection de machines à calculer de Luc de Brabandère qui a fait l'objet d'une publication (Calculus, Mardaga, 1994). Mais le seul Musée digne de ce nom et reconnu comme tel à avoir une collection portant sur l'histoire de l'informatique reste celui de la Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège qui, notamment, a pu avoir en dépôt la collection de l'éphémère Musée qu'IBM avait tenté de mettre en place aux anciennes Galeries Anspach à Bruxelles dans les années '80. En France, une collection domine la scène, celle d'ACONIT dont le centre est à Grenoble. Ce “ conservatoire ” créé dès 1985 et dont Philippe Denoyelle, présent à la réunion, est un des moteurs, a fait un travail prodigieux de collecte, mais également d'inventaire de plus de 15.000 éléments (machines, logiciels, documents). Le Musée des Arts et Métiers (CNAM) de Paris, à travers sa conservatrice, Madame Catherine Cuenca, également présente à la réunion, est la responsable du programme français d'inventaire du patrimoine scientifique et technique contemporain (PATSTEC) et s'appuie, pour le domaine informatique, sur les travaux d'ACONIT. À travers les travaux de Marie Gevers et de Sandra Mols des FUNDP de Namur sur l'histoire de l'informatique en Belgique (collecte d'interviews et de matériaux depuis l'année académique 2006-2007, déjà interrompue faute de crédits), on a pu voir le retard considérable en ce domaine de la Belgique, de la France et probablement de l'Europe en général sur les réalisations tant muséales qu'en recherche scientifique en Angleterre et aux États-Unis. Il était donc temps de se préoccuper de ces questions. Le Séminaire d'une journée qui s'est tenu à la Maison des Écritures à Maredsous a posé les jalons d'une réflexion en réseau entre différents acteurs déjà impliqués d'une façon ou d'une autre dans cette problématique. Quelques questions majeures ont été partagées. Chacune mériterait probablement une réflexion plus large et la création de protocoles en synergie. Ainsi en est-il de la sélection des éléments qui mériteront de passer de l'état d'objet d'usage quotidien à celui de témoin patrimonial de cette pratique. Pour ceux qui ont déjà accumulé un volume de matériels, logiciels et documents témoins d'une pratique révolue, on parlera de “Règles” ou “Protocoles” d'acquisition. Que conserver? Ces Règles et Protocoles doivent tenir compte de deux niveaux de critères: Le stockage de différents types d'éléments est un autre type de problème. Ce stockage peut être physique, et, dans ce cas, il peut suivre des règles de conservation proches de celles que l'on retrouve pour d'autres objets dans les réseaux muséaux. Encore que, selon le projet culturel du lieu, une machine électronique peut être stockée seulement pour son apparence ou bien on peut vouloir la maintenir en fonctionnement (et, éventuellement, la restaurer ou la maintenir dans ce but). Mais pour des éléments comme les logiciels et les données numérisées, on voit que les prises de conscience se concrétisent dans des projets comme ceux du PEP (Préservation et Exploitation des Patrimoines) de la Communauté Française de Belgique ou du PATSTEC (programme français d'inventaire du patrimoine scientifique et technique contemporain) pour inciter aux réflexes de conservation dès la création des sources électroniques. Pour la récupération de ce qui s'est fait dans les 50 dernières années, l'effort sera plus considérable et les résultats probablement divers. L'exploitation de ces acquisitions stockées tant par la communauté scientifique que par tous types de publics, et donc également les réseaux électroniques (Internet) suppose une interopérabilité des données en écriture électronique. Là se posent les questions de normes de codage depuis le niveau du bit et du byte (donc de la représentation d'un caractère analogique et de la façon d'utiliser l'UNICODE, par exemple), jusqu'au niveau des “métadonnées” (définition des termes; forme des descriptifs: champs ou résumés explicites; structures des fichiers: par exemple XML; validation des fichiers: par exemple PDF/A; etc...). Le musée virtuel de demain comportera donc probablement de petites niches localisées en différents points géographiques qui détiendront les stockages les plus matériels, mais ces points seront reliés à de grands ensembles virtuels dont ils nourriront le lien à la réalité et le retour à l'expérimentable. Ainsi se bouclerait la démarche scientifique dans ce domaine de la préservation des patrimoines informatiques. Déjà une amorce de cette vision et de cette façon de faire a été esquissée lors du Séminaire du 29 octobre 2009 à Maredsous: création d'un réseau; préservation de collections (en péril); veille juridique sur les prescriptions du domaine; recherche d'interopérabilité à différents niveaux; désignation d'institutions de référence; choix de formes et de supports de représentation numérique des réalités qu'on veut conserver et exploiter de façon durable. Les participants ont eu l'occasion de visualiser les éléments “historiques” conservés par I&B, asbl en sa Maison des Écritures. S'il n'y a pas des machines ou d'autres témoins vraiment “rares” (au sens muséologique), ils ont tous soulignés l'admirable cohérence d'un tel fonds et la nécessité de le conserver en mettant en évidence cette cohérence. Ils ont également souligné l'importance de pouvoir montrer concrètement les évolutions technologiques à travers des choix de matériels, de logiciels, de procédures dont on pouvait toucher les traces. Bref, l'histoire des débuts de l'écriture électronique prend de la consistance et fait l'objet d'une vraie prise de conscience, même s'il nous est encore difficile de mesurer les bouleversements sociétaux que va engendrer l'adoption planétaire de cette écriture électronique, au-delà de notre bonne vieille écriture alphabétique (qui fonctionne depuis environ 3500 ans)! Fr. R.-F. Poswick |
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