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Interface n° e-112 Septembre 2008 Compte rendu: Lectio divina, 211, Paris, Cerf, 2006, 1420 pages en 2 volumes, Voici, sur le Psautier, une Somme désormais incontournable. Pour l'ancien Directeur de l'École Biblique et Archéologique Française à Jérusalem, c'est probablement l'œuvre d'une vie. Les 150 psaumes font l'objet d'un examen approfondi. Dommage qu'il ne nous ait pas donné une traduction du petit 151e que nous livrait la Septante et dont l'existence a été confirmée, dans une version hébraïque plus longue, par les textes retrouvés à Qumrân. Cette omission est strictement conforme au programme très rigoureux voulu par l'A.: une lecture “canonique” de tout le Psautier considéré comme un livre composé en 5 parties et retenu comme tel dans le canon des Écritures juives puis chrétiennes, connu aussi sous cette forme par le Coran et l'Islam. La systématique de ce programme est poussée très loin. On la trouve déjà dans l'ordonnance du commentaire de chaque partie du Psautier et de chaque psaume. Une introduction aux différents “livres” (on pourrait dire “chapitres”) du Psautier (pp. 43-59; 389-390; 645-6464; 841-842; 1023-1024) donne des indications sur les macro-structures de groupement des psaumes. Pour chaque groupement reconnaissable ou traditionnel de psaumes (psaumes davidiques, Hallèls, psaumes des montées, etc.) des indications sont données sur la nature et la situation du groupement dans le Psautier. Enfin, pour chaque psaume, on retrouve toujours la séquence suivante de commentaires: L'A. connaît fort bien et accepte (pp. 43-50) la réalité d'une composition littéraire créée à partir de diverses collections de chants, d'hymnes, de prières, de poèmes didactiques qui ont pu avoir une existence antérieure au Psautier, depuis les plus anciennes collections davidiques (Ps 3-41; 51-72), jusqu'à des groupes de psaumes au caractère plus tardif dans le cinquième livre du Psautier. Mais il veut explorer systématiquement le principe de la concatenatio qui, tant à l'intérieur des collections qu'entre les différents groupements de psaumes, a créé un “enchaînement” d'un psaume à l'autre, tout au long du Psautier, grâce à des mots-crochets et des thématiques similaires. Dans ce cas, "il ne s'agit plus d'une succession de pièces hétérogènes mais du déroulement d'une seule et même prière. La même voix s'exprime du début à la fin, le psautier est un livre dont on peut découvrir l'intention directrice" (p.49). Cette intention directrice doit être trouvée dans l'insertion traditionnelle du Psautier parmi les livres sapientiaux: "On peut supposer que cette lecture sapientielle est aussi celle qu'a voulue son dernier éditeur. La louange est devenue sagesse à méditer" (p.54), ou comme le titre de l'introduction au premier livre du Psautier le suggère: "Une louange devenue sagesse et attente messianique (p.43). Lecture canonique, et donc, lecture strictement synchronique, même si la situation historique de chaque psaume, quand on peut en déceler des indices, est chaque fois clairement suggérée. La traduction proposée par l'A. est délibérément littérale, notamment dans une disposition syntaxique qui reflète avec un maximum de proximité le texte massorétique. Mais cela reste du français aisément lisible et même agréable à lire, assez proche du vocabulaire de la traduction de la Bible de Jérusalem, pour que le lecteur puisse percevoir les différences: Car à YHWH la royauté Cette traduction ne tient pas du tout compte d'une structuration des psaumes en strophes. L'indication éventuelle d'une telle structuration peut se retrouver dans le commentaire des structures du psaume qui suit immédiatement la traduction. Les références aux sources juives anciennes, notamment à tous les textes découverts au dernier siècle à Qumrân et ailleurs, sont systématiques, de même que les références aux versions et interprétations significatives que l'on peut trouver dans les sources rabbiniques ou chrétiennes. D'excellentes petites synthèses sur l'un ou l'autre vocabulaire ou thème précis sont données dans le texte ou en note: instruments de musique dans les psaumes et dans la Bible (pp. 308-309), l'Alléluia, la honte, etc. Des tables complètent l'ouvrage: un tableau des psaumes cités ou évoqués dans le Nouveau Testament (un autre volume est annoncé pour détailler l'impact du Psautier sur le N.T.); un “Choix bibliographique, par ordre chronologique” (arrêté en 2005); un “Index des auteurs cités”, un “Index des citations de la littérature juive ancienne” (les Pères de l'Église sont classés dans l'Index des auteurs cités), et, enfin, un “Index des Thèmes”. Globalement, il ne s'agit pas d'un commentaire pour des débutants ou pour nourrir directement la vie spirituelle. L'A. suppose que son lecteur connaît et peut apprécier les nuances de la grammaire hébraïque et qu'il a sans cesse le texte hébreu sous les yeux, même si tous les mots hébreux (ou autres) sont donnés en transcription. Un Index de ces mots eut d'ailleurs été très utile. Cela n'empêche pas, paradoxalement, de faire de ce commentaire un commentaire “spirituel” au sens où toutes les grandes intuitions des psalmistes et de leurs éditeurs sont largement décrites de l'intérieur et selon les valeurs propres de leur quête spirituelle originelle et donc juive. Un parcours de tous les sous-titres (en gras) donnerait une idée très complète de la spiritualité psalmique caractérisée par la foi en un Dieu très haut qui se fait très proche de son fidèle pour le sauver et l'exalter royalement. Ce qui provoque à la fois appels suppliants et louange cosmique. Dans la présentation de son travail que l'A. a faite lui-même dans La Vie Spirituelle, 777 (juillet 2008), pp. 321-339, il résume son propos de la façon suivante: “Le livre devient principe de lecture et d'interprétation en situant le texte dans un contexte qui contribue à lui donner un sens. … Cette lecture des psaumes à la lumière du Psautier est dite 'canonique', qualificatif donné à l'interprétation d'un texte biblique à la lumière de l'ensemble du livre dont il fait partie…” (p.325-326). Il y a eu, en effet, une intentions des scribes (lévites?) qui ont édité le Psautier “à l'ombre du Temple de Jérusalem, entre 350 et 200 av. J.C.” (p.329); “La disposition des psaumes à l'intérieur du psautier révèle, elle aussi, le dessein théologique poursuivi par les éditeurs” (p.333): une recherche de bonheur pour chaque fidèle juif comme pour tout le peuple, sous la figure emblématique (mystique?) du roi-messie David. Si, aujourd'hui, juifs et chrétiens ne chantent ou ne lisent plus les psaumes que par bribes, Jean-Luc Vesco souligne que la Règle de S. Benoît fait réciter tout le Psautier en une semaine “en rappelant avec admiration que les saints Pères remplissaient vaillamment cette tâche en un seul jour, RB 17,23-25”(p.340). Il suggère qu'on peut très bien faire une telle lecture continue du Psautier “en six heures environ, soit un aller-retour Paris-Marseille en TGV” (p.340). Il faudra à l'amateur des psaumes un peu plus de temps pour avaler les 1420 pages du précieux 'travail de Dominicain' de mon ancien condisciple du Saulchoir auquel je suis heureux de rendre hommage à travers cette présentation de son œuvre magistrale. Mais c'est surtout un outil à garder sans cesse sous la main! P. S.: Je finis la rédaction de ce compte-rendu au retour des 57es Journées bibliques de Louvain (Leuven) qui se sont déroulées du 5 au 7 juillet 2008. Leur thème était précisément The composition of the Book of Psalms. Toutes les interventions convergeaient, avec les nuances d'accent inévitables dans un monde de savoir très critique piloté par le Professeur Zenger, pour décrire la “cathédrale de mots” que constituait l'édition (il faudrait peut-être dire l'édification, au sens matériel aussi bien que spirituel) du Psautier! fr. R.-Ferdinand Poswick, osb |
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