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Interface n° e-112 Septembre 2008 Le 8e Colloque "Bible et Informatique", à Madrid Le Professeur Luis Vegas Montaner s'était engagé, à la fin de la 7e Conférence de l'Association Internationale Bible et Informatique, tenue à la K. U. Leuven à l'été 2004, à assurer la continuité des Conférences lancées par l'AIBI à Louvain-la-Neuve en 1985. Il a tenu parole et organisé, sous le titre Bible and Computers: Present and Future of a discipline, et de façon magistrale, ces Huitièmes rencontres internationales à l'Euro Forum de l'Escorial, un centre de Conférence et hôtel de haut niveau qui a des accords avec l'Université de Madrid pour l'organisation de Séminaires et Conférences. Cadre superbe qui domine le château-monastère de l'Escorial et permet, par temps clair, de voir la ville de Madrid à l'horizon (35 km). Celle-ci est devenue d'autant plus visible de loin qu'elle s'est dotée, très récemment, d'un complexe de 4 tours gratte-ciel qui font un peu penser à celles de sinistre mémoire du World Trade Center de New York. Est-ce un vrai progrès pour cette ville? C'est en tout cas, selon les informations recueillies sur place, une juteuse affaire immobilière sur des terrains qui appartenaient au Real Madrid! Toute la ville et ses alentours sont marqués par des chantiers pharaoniques. Il semble que la ville ait grossi de plus d'un million d'habitants en moins de dix ans. Mais les efforts économiques se voient partout: impressionnantes fermes d'éoliennes sur les crêtes de toutes les collines et petites montagnes, grandes fermes de panneaux solaires ou photovoltaïques dans les campagnes, belles autoroutes toutes neuves! Bref, un pays qui est entré dans l'économie industrielle... pour le meilleur comme pour le pire! L'Escorial domine tout cela dans un environnement peu modifié depuis que Philippe II a décidé, voici 450 ans, d'y installer le centre de son empire mystique (dont la Belgique, surtout flamande, faisait alors partie). Une double occasion m'a permis de voir des aspects de ce palais-monastère que je ne connaissais pas encore. Pour accompagner un des participants et contributeurs de la Conférence, le P. Marco Fabbri, prêtre de l'Opus Dei, professeur à l'Université Santa Croce de Rome, nous avons obtenu des moines augustiniens qui occupent l'aile Sud du complexe, de pouvoir nous joindre à la célébration de l'eucharistie chez eux. On entre par la grande esplanade de devant (à l'Ouest) et les fenêtres de leur chapelle ouvrent vers Madrid au bout Est de ce dédale de cours et de cloîtres démesurés. Ils vivent à quelques-uns dans cette immensité vide et sont responsables des célébrations dans l'église (en cours de restauration, et donc, actuellement fermée aux touristes). D'autres jours nous avons été, avec l'un de ces Pères augustiniens, célébrer ou participer à l'eucharistie d'une Congrégation locale de Sœurs enseignantes. La seconde occasion, due aux organisateurs de la Conférence, fut la visite de la Bibliothèque de l'Escorial, guidés par son Directeur, le Professeur José Luis del Valle. Comme il nous l'a expliqué, cette bibliothèque qui prend au minimum toute la façade Ouest aux étages, n'a pas bougé depuis qu'elle fut construite et mise en œuvre par Philippe II! La grande salle principale, construite par Juan Bauptista de Toledo entre 1563 et 1584, l'architecte de l'Escorial, exprime tout le programme 'humaniste' de Philippe II et de son entourage (dans lequel on compte un certain Luis del Marmol Carvajal, grand géographe de l'Afrique du Nord et grand spécialiste de l'arabe, de la famille des ancêtres des del Marmol de Belgique dont était mon arrière-grand-mère paternelle*) , un humanisme 'très catholique' qu'encadrera une Contre-Réforme musclée par l'Inquisition! Les livres n'ont pas beaucoup bougé de place depuis 450 ans malgré un incendie au 17e siècle qui fit surtout des ravages dans la section des manuscrits hébreux (alors que les manuscrits grecs et arabes sont encore très nombreux). Les fresques du plafond et des murs (au-dessus des armoires où tous les livres sont tournés avec la tranche vers l'extérieure et non la reliure, et une inscription de titre sur cette tranche!), décrivent ce programme à travers les figurations des grands penseurs et philosophes dans les divers domaines des 'arts': la mathématique, la physique, la métaphysique, la philosophie, la géographie, etc... Des inscriptions, ici ou là, donnent des indications sur l'esprit de ce programme. Par exemple, sous les figurations de la théologie on peut lire en latin: “de la logique augustinienne, délivre-nous, Seigneur!”; ou encore, sous les dessins évoquant le calcul et la mathématique, une inscription en hébreu :“tout peut être compté”! Les organisateurs de la Conférence auraient pu prendre ce petit texte comme titre de cette 8e rencontre Bible et Informatique... peut-être en choisiront-ils l'image pour la couverture des Actes qu'ils comptent publier en 2009? Outre l'organisateur, Professeur Luis Vegas Montaner de l'Université de Madrid, un vétéran de l'AIBI, ce fut l'occasion de revoir nombre de figures connues au sein de ce groupe d'une trentaine de participants (presque tous 'contributeurs'): Emmanuel Tov, Dean Forbes, Jan Kroeze, Christo Van der Merwe, Wido van Peursen, Carl Bosma, Eep Talstra, Janet Dijk, Javier del Barco, Guadalupe Seijas, notamment! Mais d'autres représentaient des institutions présentes à de précédentes Conférences de l'AIBI: les Sociétés bibliques de Stuttgart, l'Université de Bar-Ilan (Tel-Aviv), la K. U. Leuven. Parmi les contributeurs nouveaux, il faut citer: Oliver Glanz (V. U. Amsterdam); Torijano Morales et Andres Piquer Otero (Université de Madrid), Andres Enrique Arias (Université des Baléares), José Antonio Alvarez (Mexicain, étudiant à l'Université St-Andrew en Écosse), Elizabeth Robar (Hexapla Institute, Lousville, USA), Marco V. Fabbri (Universitas Santa Croce, Roma). On peut dire que les 'anciens' représentaient des projets qui se poursuivent parfois depuis aussi longtemps que l'existence de ces Conférences internationales de l'AIBI. La V.U. Amsterdam, par exemple, vient d'entamer son travail de programmation des structures syntaxiques du texte massorétique sur les livres 'poétiques' de la Bible hébraïque; des perspectives du même type avec des outils similaires sont utilisés sur le corpus syriaque à Leiden; CATTs poursuit son développement sur micro-ordinateur en ce qui concerne tous les problèmes relatifs aux relations (alignements) entre le texte massorétique et la Septante; l'Université de Stellenbosch poursuit la création d'outils de grammaire automatisée sur l'hébreu massorétique; l'Université de Madrid avance dans l'étude syntaxique et sémantique des particules et des verbes hébreux; le duo Anderson-Forbes met au point des outils pour repérer avec un certain automatisme les fautes qui auraient pu s'introduire dans les Bases de données d'hébreu massorétique développées depuis plus de 20 ans (et qui ont servi à la publication de nombreux outils imprimés); tandis que d'autres, comme Carl J. Bosma, a tenu à montrer que les outils mis sur le marché (ACCORDANCE, SESB, outils de recherche avec les programmes LIBRONIX de LOGOS) et qui incorporent un état des différents travaux évoqués ci-dessus, sont tout à fait adaptés à l'enseignement efficace des langues bibliques et du domaine biblique. Marco V. Fabbri essaye, quant à lui, en utilisateur averti et déjà ancien d'ACCORDANCE, de créer une batterie de tests qui montreraient les relations possibles (ou impossibles) entre la Sagesse de Salomon et les œuvres de Philon ou la Septante. Plus nouveau dans toutes ces présentations était celle de Torijano Morales et Andres Piquer Otero (Madrid) qui tentent de construire une synopse électronique des différentes versions grecques de la Bible. Ou encore: l'étude, également synoptique, des premières traductions espagnoles de la Bible (13e, puis 15e siècle), par Andrès Enrique Arias. Ou l'Hexapla Project qui fut présenté, tant par l'un des contributeurs du projet (Reinhart Ceulemans de la K.U. Leuven) que par la coordinatrice et programmatrice de l'application en son Centre de Louisville (Kentucky, USA), Elizabeth Robar. Ce dernier projet représente un vrai projet coopératif international à travers l'Internet et les différents moyens de partage, de gestion, de stockage qu'il permet s'il est géré avec toutes les ressources prospectives disponibles. Le projet de reconstruction des parties perdues du Codex Aleppo que tente un groupe de recherche de l'Université Bar-Ilan (Yosef Ofer) n'est guère convainquant, ni quant à sa méthodologie, ni quant à son utilité! Quant à la magistrale conférence du grand spécialiste de la Septante qu'est Natalio Fernandez Marcos (Madrid) dans laquelle il a tenté de montrer que la traduction du Pentateuque de la Septante se comprendrait très bien dans le cadre de la création du Museon (la grande bibliothèque d'Alexandrie), elle ne semble pas avoir convaincu tout le monde. Le rapprochement avec le projet humaniste de Philippe II à l'Escorial et la naissance de la Complutense, était de circonstance! L'évaluation finale sous la direction du Professeur Luis Vegas Montaner, permit de transmettre le flambeau des Conférences de l'AIBI au Professeur EepTalstra (Vrij Universiteit Amsterdam) qui pourrait organiser la prochaine à la veille de sa mise à la retraite en 2011, à Amsterdam ou ailleurs (Leiden, Stuttgart?). Le souhait a été exprimé que la prochaine conférence ait une section orientée plus spécifiquement vers la formation pédagogique: elle pourrait attirer des enseignants de diverses disciplines qui doivent se confronter aux sources bibliques avec des outils nouveaux pour eux! Luis Vegas Montaner publiera les Actes de cette Conférence de l'Escorial (Madrid). Une charge de plus pour laquelle il doit être chaleureusement remercié. Fr. R.-F. Poswick * Voir: R.-F. Poswick, Les del Marmol ont-ils sauvé l'esprit de Sainte Thérèse d'Avila dans la Réforme du Carmel au 16e-17e siècle?, Les Cahiers historiques, Série VIII, n°4, 1973, pp.79-88. |
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