Interface n° e-88 Octobre 2002

6e Assemblée Plénière de la Fédération Biblique Catholique
Liban, 3-12 Septembre 2002

Résumé des thèmes de cette Assemblée
La culture biblique au milieu des cultures: un point de vue européen

Communiqué de presse final
« La Parole de Dieu : une bénédiction pour toutes les nations !  »
La VIe Assemblée Plénière de la Fédération Biblique Catholique

La Fédération Biblique Catholique a tenu sa VIe Assemblée Plénière à Notre‑Dame du Mont, près de Beyrouth au Liban du 3 au 11 septembre. Chaleureusement accueillis par la communauté chrétienne du Liban et par le patriarche maronite, Mgr Sfeir, 170 délégués des conférences épiscopales et des organismes d'animation biblique ont réfléchi sur la pluralité. Ils ont pris comme leitmotiv une phrase du psaume 16, citée dans le livre des Actes des Apôtres, « tu m'as fait connaître des chemins de vie ». Les Actes des Apôtres ont été la nourriture quotidienne des congressistes qui ont commencé chaque journée par une méditation d'une page de ce livre.

Le professeur Adel Khoury a fait la conférence inaugurale : Abraham, bénédiction pour toutes les nations suivant les traditions juives, chrétiennes et islamiques. Après avoir repéré les nombreuses mentions d'Abraham dans la Bible, il a montré comment les religions abrahamiques ont accueilli de manière contrastée l'héritage du patriarche. Il a insisté également sur les divergences d'interprétation à l'intérieur même de chaque religion. Dans la tradition juive, les uns font d'Abraham la propriété exclusive du peuple juif, d'autres voient en lui le père de tous les croyants en un Dieu unique. Chez les chrétiens, il y a également une tension entre particularisme et universalisme. Certains considèrent que l'Église est la seule héritière de l'héritage abrahamique, d'autres pensent que Dieu utilise de nombreux moyens pour procurer le salut à tous les hommes. Il en va de même dans l'Islam où beaucoup de théologiens affirment que les musulmans seuls auront accès au paradis tandis que d'autres pensent que les juifs et les Chrétiens peuvent également avoir accès au paradis de Dieu.

Sœur Anne Nasimiyu‑Wasike, du Kenya, a fait une conférence intitulée : scénarios du pluralisme, une analyse sociologique. Elle a analysé la situation religieuse de l'Afrique où il n'est pas rare de trouver des familles dans lesquelles chaque membre pratique une religion différente. Elle a plaidé pour un pluralisme où chacun s'engage pour les plus pauvres. Cela préservera de l'intolérance religieuse. Le P. Pablo Richard, professeur à l'université biblique latino-américaine, a fait une lecture des Actes des Apôtres qui a mis en évidence l'expérience pluraliste des premières communautés chrétiennes. Mgr Michael L. Fitzgerald, secrétaire du Conseil Pontifical pour le dialogue inter-religieux, a fait une approche théologique du pluralisme religieux. Partant du dogme fondamental de la théologie, l'incarnation, il a affirmé que, pour l'Église catholique, le salut n'est pas réservé aux seuls baptisés. Comme l'affirme le Catéchisme de l'Église universelle, « tout homme qui, ignorant l'Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu'il la connaît, peut être sauvé.

L'Assemblée a eu la joie d'accueillir le nouveau président de la Fédération Biblique Catholique en la personne de Mgr Vincenzo Paglia, évêque de Terni, Narni et Amelia (Italie). Cofondateur de la communauté San Egidio, celui‑ci a fortement affirmé que la connaissance et l'amour de la Bible doivent avoir une place centrale dans la vie de l'Église comme dans celle de chaque croyant. Il ne s'agit pas seulement de promouvoir les études bibliques, si nécessaires soient‑elles, mais de permettre au peuple chrétien de lire les Écritures. Il en va de la Parole de Dieu comme du pain : il ne suffit pas d'en parler, il faut le distribuer. Le président était porteur d'une lettre d'encouragement du Pape Jean‑Paul II qui a cité une phrase du Concile Vatican II : « L'Église vénère les divines Écritures comme elle vénère le Corps du Christ ». Avant de se séparer, les membres de la Fédération biblique, assemblés à Beyrouth, ont élu les membres des instances de direction, ont fixé les grandes lignes de leur travail pour les six ans à venir, jusqu'à la prochaine assemblée plénière et ont approuvé une déclaration finale dont voici les grandes lignes.

Nous, délégués d'organisations membres de la Fédération Biblique Catholique, venant de 70 pays, nous nous sommes rencontrés à Beyrouth (Liban) du 3 au 12 septembre 2002. Faisant nôtre une phrase du livre de la Genèse, nous avons partagé notre conviction que la parole de Dieu est « une bénédiction pour toutes les nations ». Le pays qui nous accueille est une terre biblique, visitée par Jésus, où l'évangile a été annoncé par les premiers chrétiens ; pays où les croyants des trois religions abahamiques se sentent chez eux; pays au carrefour des cultures et des religions qui a souffert des rivalités et des guerres et qui connaît aujourd'hui une nouvelle vitalité.

Relisant les traditions du premier testament concernant Abraham et constatant qu'Abraham a été et continue à être un objet de dispute entre tous ceux qui se réclament de lui, nous nous demandons s'il n'est pas possible de dépasser les conceptions particulières et partisanes pour découvrir la dimension universelle du plan de Dieu pour toutes les nations. En lisant les Actes des Apôtres, nous avons découvert qu'il est nécessaire de dépasser les frontières géographiques, nationales et ethniques. Aucun pays, aucun groupe ethnique, aucune nationalité ne constitue un absolu. À la fin de cette Assemblée Plénière, nous nous engageons à chercher les approches d'une spiritualité de communion qui devrait être la caractéristique de ce nouveau millénaire.

Nous réaffirmons notre engagement à porter un regard critique sur notre manière de lire la Bible en Église. La lecture fondamentaliste ou purement spirituelle y est un phénomène grandissant. Nous nous opposerons à toute lecture sectaire qui édifie des murs de séparation et de discrimination et nous soulignerons la pluralité qui est une caractéristique majeure de la Bible : pluralité des visions du monde, pluralité des interprétations, pluralité des théologies, pluralité des structures ecclésiales, etc. Nous nous engageons à faire une lecture responsable de la Bible, qui est aussi le livre de l'Église, en suivant les recommandations du texte de la commission biblique « L'interprétation de la Bible dans l'Église ».

Nous donnerons une priorité à deux axes. Tout d'abord, nous souvenant des paroles de Jésus « Je te remercie, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux petits », nous faisons une option claire pour les plus pauvres afin que les Écritures leur soient accessibles et qu'ils puissent devenir les premiers destinataires de la Bonne Nouvelle. Nous encouragerons également la lectio divina ou la lecture priante des Écritures. Née dès les premiers temps de l'Église, cette méthode continue à faire ses preuves et permet de nourrir efficacement la foi du peuple chrétien.

Dans notre travail biblique, nous collaborerons avec le Conseil mondial des Églises dans sa campagne « Décennie pour triompher de la violence ». Nous nous associerons également à toute autre instance, ecclésiale ou non, pour promouvoir la justice et la paix dans le monde.

Nous nous engageons de faire du soutien de la pastorale biblique en Afrique une priorité de toute la Fédération et nous décidons de célébrer le 40e anniversaire de la constitution sur la Révélation divine Dei Verbum en organisant un colloque international sur « La Bible dans la vie de l'Église » à Rome en 2005.

Joseph Stricher