Interface n° e-88 Octobre 2002

6e Assemblée Plénière de la Fédération Biblique Catholique
Liban, 3-12 Septembre 2002

Résumé des thèmes de cette Assemblée
Communiqué de presse final

La culture biblique au milieu des cultures: un point de vue européen

Le phénomène de confrontation quotidienne et immédiate de la culture biblique à une pluralité de cultures diverses n'est pas propre à l'Europe. La culture biblique n'est pas non plus la seule à être confrontée à ce phénomène provoqué par l'évolution des moyens de déplacement et de communication. Témoin: la récente synthèse proposée par l'UNESCO sous la direction de son Secrétaire Général Javier Pérez de Guéllar sous le titre “Our Creative Diversity” [UNESCO, Oxford Publishing, 1995, 1998/2].

Plus que d'autres parties du monde, l'Europe a vécu et généré au cours de son développement séculaire une forte diversification culturelle. Elle est également à l'origine intellectuelle et sociale des développements techniques, économiques et politiques qui ont abouti, aujourd'hui, à ouvrir cette diversification culturelle à l'ensemble de la planète sans plus de référence unifiante et protectrice à un bassin culturel de chrétienté. Malgré la forte spécificité des grandes cultures européennes (allemande, française, espagnole, italienne, scandinave, slave, etc…), la technoculture libérale anglo-saxonne tend à devenir la monnaie culturelle des échanges, malgré une lutte pour la préservation d'une “exception culturelle” et d'une identité.

La Bible n'échappe pas à cette évolution comme nous avons tenté de le percevoir au cours du Colloque intitulé “La pastorale biblique au carrefour des cultures” organisé par la sous-région d'Europe de l'Ouest et du Sud en Octobre 2000 et publié sous le titre “Bible et Cultures” [Bible et Cultures, collection Bible et Vie Chrétienne, Paris, Lethielleux, 2001].

Le défi du pluralisme culturel doit être lu comme une nouvelle étape dans l'histoire du déploiement de toutes les dimensions de la révélation biblique. Bien loin, dès lors, d'être considéré comme une agression, ce pluralisme culturel peut devenir un facteur de libération de nombreuses potentialités, peut-être jusqu'ici sous-exploitées, en vue d'une évangélisation plus complète et plus universelle de l'humain (tout homme/femme et tout l'homme/toute la femme).

Cette diversité enrichissante est d'abord celle des “autres” chrétiens, mais aussi celle des vrais “fils d'Abraham” dans le Judaïsme et l'Islam; elle est encore celle de toutes les religions dans lesquelles des pierres d'attentes à la pleine révélation messianique ont été reconnues tant par Vatican II qu'à travers le magistère récent (Accueil à Assise).

Mais cette diversité se trouve également dans une meilleure appréciation et valorisation du rôle propre de la femme et de l'homme pour le déploiement d'une humanité aux dimensions du Christ ressuscité (Eph. 4.13).

Elle se trouve encore dans une vibration en harmonie critique avec la culture médiatique hors de laquelle le message biblique n'a plus beaucoup de chance d'être entendu.

Bref, le pluralisme culturel auquel la pastorale biblique est confrontée doit être considéré comme un appel et une opportunité, peut-être une nouvelle chance pour l'animation biblique de toute la Pastorale. Ce pluralisme est, en effet, inscrit au cœur même du message biblique lui-même: “porter l'évangile au-delà” (2 Cor 10.16).

Les plus clairvoyants dans notre monde, prophètes à la façon de Balaam, perçoivent déjà les contours de cet appel: “Le pluralisme n'est pas une fin en soi. La reconnaissance des différences est avant tout une condition pour le dialogue, et, de ce fait, pour la construction d'une plus large union entre les différentes populations. Malgré les difficultés, nous sommes confrontés à une obligation à laquelle nous ne pouvons nous dérober: nous devons trouver les voies pour réconcilier une nouvelle pluralité avec une citoyenneté commune. Le but pourrait être non pas simplement une société multiculturelle, mais un État multiculturellement structuré: une forme d'État qui puisse reconnaître le pluralisme sans mettre en cause l'intégrité du bien commun” [Javier Pérez de Cuéllar, Our Creative Diversity, UNESCO-Oxford Publishing, 1995, 1998/2, p. 72].

Nos propositions pour l'animation biblique de la Pastorale ne devraient-elles pas, dès lors, s'inspirer plus que jamais de la vision dégagée aux tous premiers temps de la chrétienté par la Lettre à Diognète (2ième siècle), bien dans l'esprit des Actes des Apôtres:

“Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par leur lieu d'habitation, ni par leur langue, ni par leurs usages. D'ailleurs ils n'habitent nulle part dans leurs propres villes; ils ne parlent pas de dialecte spécial; ils ne mènent pas une vie à part… Car ils habitent dans les cités des Grecs et d'autres peuples, selon que le sort en a décidé, et ils suivent chacun les usages de leur pays pour ce qui est des vêtements, de la nourriture et des conditions d'existence. Ils vivent d'une manière qui suscite l'admiration et qui, de l'avis de tous, apparaît comme une chose incroyable. Ils habitent dans une patrie, mais comme des étrangers qui s'y seraient établis. Ils ont tout en commun avec les autres en tant que citoyens, et ont à subir toutes sortes de tracas comme des étrangers. Chaque pays étranger est leur patrie, et leur propre patrie leur est un pays étranger.

Comme tous les autres gens, ils se marient et ont des enfants, mais ils ne tuent pas l'enfant à naître; leur table est commune, mais pas leur lit. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon elle. Ils habitent sur terre, mais leur patrie est au ciel. Ils obéissent aux lois en vigueur, mais dépassent les exigences des lois par leur style de vie. Ils aiment tous les hommes et sont persécutés par tous. Ils sont méconnus et jugés, ils sont mis à mort et ils vivent à nouveau. Ils sont pauvres et en enrichissent beaucoup; ils manquent de tout et ont pourtant tout en abondance. Ils sont méprisés et, dans ce mépris, trouvent leur gloire. Ils sont calomniés, et cela tourne à leur justification; ils témoignent même du respect aux autres. Tandis qu'ils font le bien, ils sont châtiés comme des malfaiteurs… Pour le dire simplement: ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'âme est répandue dans toutes les parties du corps, les chrétiens dans toutes les villes du monde. L'âme habite le corps, mais elle n'appartient pas au corps; les chrétiens habitent dans le monde, mais ils n'appartiennent pas au monde. L'âme invisible se cache dans le corps visible; les chrétiens, s'ils sont visibles dans le monde, leur foi reste invisible” [Cité dans Card. G. Danneels, Maître que dois-je faire? Petite règle de vie du chrétien, Pâques 1997, Malines ].

Fr. R.F. POSWICK, osb