|
Interface n° e-88 Octobre 2002
6e Assemblée Plénière de la Fédération Biblique Catholique
Liban, 3-12 Septembre 2002
La culture biblique au milieu des cultures: un point de vue européen 
Communiqué de presse final 
Résumé des thèmes de cette Assemblée
La Fédération Biblique Catholique (FBC) a tenu sa 6e Assemblée Plénière à Beyrouth.
Fondée en 1969 sous le nom de WCFBA (World Catholic Federation for the Biblical Apostolate), cette Organisation Internationale a pour but de mettre en œuvre, dans l'esprit de la Constitution Dei Verbum (La Parole de Dieu) du Concile Vatican II, une nouvelle inculturation biblique de l'ensemble des pratiques de l'Église Catholique.
Plus de 150 délégués de 56 pays ont réfléchi, comme tous les 6 ans depuis l'Assemblée Plénière tenue à Malte en 1978, sur les défis et les priorités à prendre en considération par tous les animateurs biblistes du monde catholique pour les 6 années à venir.
La plupart des pays du monde ont actuellement une personne ou un Centre chargé de coordonner les initiatives pour une meilleure connaissance et une meilleure utilisation de la Bible comme source principale d'évangélisation et de développement de la communauté croyante rassemblée autour de la Parole de Dieu incarnée en Jésus de Nazareth.
Chaque Assemblée Plénière propose aux membres un thème central de réflexion ainsi qu'une prise de décisions sur les principales priorités qui se dégagent de l'analyse des besoins du moment pour une meilleure animation de la pastorale de l'Église catholique par la Parole de Dieu (et donc une meilleure connaissance, et une meilleure utilisation de la Bible à tous les niveaux du Peuple de Dieu).
Cette année, à Beyrouth, le thème proposé aux délégués - et préparé depuis 3 ans dans les divers groupes régionaux ou sous-régionaux qui forment la structure de la FBC sur tous les continents - était “La Parole de Dieu, une bénédiction pour toutes les nations”. Le choix du Liban comme lieu de célébration de cette Assemblée correspondait au thème de la croissance universelle de la Parole de Dieu passant de son univers ethnocentré sur le Judaïsme, son berceau initial, vers la diversité multiple des nations, des langues et des religions comme le montre l'itinéraire raconté par les Actes des Apôtres: de Jérusalem à Antioche, d'Antioche en Asie Mineure, d'Asie en Grèce et de Grèce à Rome!
Cette diversité, un temps masquée par le régime de chrétienté bâti par le catholicisme romain et l'expansion de la culture occidentale, explose aujourd'hui en un phénomène planétaire de globalisation ou mondialisation qui rapproche toutes les cultures, les religions et les agnosticismes dans un pluralisme de fait. Celui-ci se vit soit sous forme de conflits (Islam-Israël, Islam-Occident, Islam-Hindouisme, etc.) soit sous forme de nouvelles convivialités qui se cherchent encore.
Dans le contexte du Moyen-Orient, il était normal qu'une réflexion soit faite sur les relations entre les trois monothéisme abrahamiques. Quelle convivialité pour aujourd'hui et demain? En quoi une lecture non-fondamentaliste de la Bible peut-elle aider à promouvoir ce qui est commun et effacer ce qui divise? Quel salut pour ceux qui ne sont pas chrétiens? Autant de questions qui conditionnent la façon dont les chrétiens doivent annoncer et vivre la Parole de Dieu aujourd'hui.
Mais ce “pluralisme” ou cette “pluralité” de fait, dans le quotidien, véhiculée par les médias et les possibilités de déplacements rapides et massifs de personnes tout autour de la planète, n'est pas limitée aux “enfants d'Abraham”. Elle est celle des religions africaines qui se découvrent après quelques siècles de colonisation physique, culturelle et religieuse. Elle est celle des religions d'Asie, avec leur riche patrimoine scripturaire. Elle est celle des idéologies agnostiques de l'occident en état de post-chrétienté.
Que propose l'Église catholique dans ce contexte “pluraliste” à tous ceux auxquels, elle doit apporter la Parole de Dieu, ou qu'elle doit faire grandir dans la façon d'incarner cette Parole pour aujourd'hui et demain?
Au-delà d'une réponse dogmatique proposée avec nuance par le Conseil Pontifical pour les relations inter-religieuses, l'Assemblée a pu entendre le témoignage de ceux qui sont en situation de chrétiens minoritaires dans des régions où la Parole de Dieu ne peut se vivre que sous la forme du témoignage secret allant parfois jusqu'au martyre (Iran, Irak, Pakistan, Indes, Israël, Égypte, Soudan, etc.).
Un retour au récit des Actes des Apôtres a permis de mieux mesurer combien la diversification progressive des cultures atteintes par la Parole incarnée en Jésus et transmise sous le souffle de l'Esprit issu de sa résurrection, est une des dynamiques spécifiques du récit de S. Luc. Toutes les barrières ethnocentriques sont franchises au profit d'un universalisme ouvert à toutes les nations. L'histoire de l'occident chrétien va provisoirement figer ce dynamisme en le moulant dans la culture gréco-latine. Aujourd'hui, sous des facteurs extérieurs (engendrés par cet occident) - comme les communications et les transports rapides - il semble que cette inculturation nouvelle de la Parole de Dieu dans toutes les nations, cultures et religions ouvre une nouvelle étape de développement dans l'histoire des Églises: la possibilité de donner leur pleine valeur aux éléments qui, dans toutes les cultures et toutes les religions, sont des pierres d'attente pour un épanouissement vraiment universel de la Parole de Dieu. Cette possibilité suppose une attitude nouvelle dans la façon de communiquer la Parole de Dieu: que les porteurs de la Parole soient plus des témoins, ou, comme le dit la Lettre à Diognète (2e siècle) qu'ils soient de plus en plus comme “l'âme du monde”, non-visibles, mais animant la recherche de la vérité tout entière en chaque culture et religion.
Ces perspectives ouvrant sur un vaste horizon n'ont pas fait oublier aux participants de se pencher sur les problèmes concrets de la diffusion de la Bible, de la formation du Peuple de Dieu à une lecture du texte authentique et à une lecture tout aussi croyante des événements du monde, et aux défis de l'animation biblique de toute l'action pastorale des Églises.
Le nouveau Président de la Fédération Biblique Catholique, Mgr Paglia, évêque de Terni près de Rome et l'un des fondateurs de la Communauté de Sant'Egidio, a donné le ton en témoignant que sa première tâche comme évêque a été d'imprimer, pour tous les habitants de son diocèse, un évangile avec de brefs commentaires de sa plume, en leur disant: “c'est l'unique trésor que possède votre évêque et il vous le donne”! Croyants et incroyants ont tous été conquis et en redemandent.
La sous-région d'Europe du Sud et de l'Ouest dont fait partie le CIB depuis 1978 a largement contribué à la réflexion menée à Beyrouth, notamment par le colloque organisé à Paris en Octobre 2000 et qui a donné lieu à la publication du recueil “Bible et Cultures” dans la collection Bible et Vie Chrétienne. Les six années pendant lesquelles cette sous-région a été présidée par Mr. Tom Osborne (du service biblique diocésain de Luxembourg) comme coordinateur sous-régional ont donc porté leur fruit et apporté leur contribution à une action qui se poursuivra sous la présidence du P. Joseph Stricher, prêtre du diocèse de Metz et responsable du Service “Évangile et Vie” en France.
Fr. R.F. POSWICK, osb
|